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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 14:40

On a coutume de dire que les personnes atteintes d'autisme se sentent plus à l'aise face à un écran d'ordinateur que face à une personne...

 

J'espère vraiment que ce n'est plus le cas de mes élèves dans ma classe !

 

La relation humaine me parait très importante et elle reste ma priorité avec eux, même si je sais qu'elle leur demande des efforts (ils paraissent toujours très heureux de travailler en duo face à moi, mais cela les fatigue certainement plus que de travailler face à un écran !)

 

Si cette idée est répandue, c'est qu'elle est sans doute exacte pour les jeunes enfants atteints d'autisme : en effet, il y a ce sacré "besoin d'immuabilité" ! Un ordinateur, c'est immuable : ça réagit toujours de la même façon. Les personnes autistes n'aiment pas les choses imprévisibles... et un ordinateur, il n'y a rien de plus prévisible !

Et puis il est certain que c'est plus facile pour des personnes atteintes d'autisme de travailler face à un écran : cela demande beaucoup moins de concentration, il y a moins de stimuli que face à une personne, même connue (mais qui communique toujours ; même de façon non verbale).

 

Depuis maintenant 2 ans, j'ai un ordinateur récent dans ma classe, ce qui me permet de faire travailler mes élèves avec cet outil.

 

Il existe énormément de logiciels intéressants et très chers pour les aider à progresser dans les apprentissages scolaires. Mais ce n'est pas le sujet de cet article.

 

Je voudrais vous présenter 3 manières d'utiliser l'ordinateur avec de jeunes autistes qui ne nécessitent pour ainsi dire aucun achat et qui ont 2 intérêts :

 

  • d'abord cela leur permet d'adopter l'outil informatique, ce qui est important pour absolument tous les élèves français (cela devrait devenir une priorité dans toutes les écoles, mais ce n'est que mon avis, et en disant cela je pense surtout aux enfants qui n'ont pas la chance d'avoir un ordinateur chez eux)

 

  • et puis cela permet de travailler la généralisation. J'ai déjà évoqué cette particularité de l'autisme dans un autre article : certains enfants autistes ne savent lire que leur méthode de lecture, d'autres ne comptent que dans leur salle de classe... Il est important avec eux d'apprendre les notions dans différents contextes, avec différents outils, différentes personnes, dans différents lieux... etc... Il faut toujours tout diversifier le plus possible. Travailler sur un ordinateur les mêmes exercices que sur une feuille, c'est toujours le même objectif : cela fait acquérir à peu près les mêmes compétences... mais cela leur permet de prouver que ces compétences sont acquises dans plusieurs contextes ! Et ce n'est pas rien !

 

Revenons sur les trois manières : deux d'entre elles nécessitent des pages spéciales (cf la page Utilisation d'un imagier (sur ordinateur) et la page Le logiciel cahiécran.)

 

La première permet de travailler l'encodage grâce à un imagier téléchargeable gratuitement.

 

La deuxième est possible grâce à un logiciel gratuit téléchargeable sur le site de l'INS HEA qui s'appelle cahiécran. Ce logiciel a été conçu pour aider les élèves atteints de handicap moteur à pouvoir faire les mêmes exercices que leurs camarades de classe mais sur un ordinateur.

 

La troisième est tout simplement d'utiliser WORD qui est un logiciel tellement répandu que le fait d'apprendre à l'utiliser est déjà une compétence importante à travailler ! Voilà comment je procède :

Dans la classe, nous avons un "cahier de vie"... comme en maternelle. Il est devenu très important pour tous les élèves ! Il permet de faire un lien entre "leurs différents mondes". Il circule dans les familles chaque week-end à tour de rôle.

 

Voir  Le cahier de vie.

 

Chaque jour, je fais des photos à tous les moments de la journée. On colle ces photos dans le cahier de vie. On doit alors expliquer ce qu'on y fait...

 

Pour la plupart de mes élèves, ces explications sont produites en dictée à l'adulte... Les personnes atteintes d'autisme ont très souvent du mal à construire des phrases même simples... L'emploi des pronoms personnels est très souvent erroné (le "JE" en particulier pose de très sérieux problèmes). Ces dictées à l'adulte permettent de travailler quotidiennement la construction de la phrase et d'adapter la difficulté à chacun : certains seront capables de produire des phrases complexes ("X. écrit pendant que je compte")... Pour d'autres, l'emploi de "JE" nécessitera des mois d'apprentissage... (mais quand il vient naturellement : quel bonheur !!!)

 

L'utilisation de WORD intervient une fois ces phrases dictées et écrites par mes soins.

 

Pour les niveaux les plus simples, j'écris la phrase dictée (souvent très courte) en utilisant des fines bandes de papier sur lesquelles j'imprime des tableaux : une lettre en majuscule d'imprimerie par case.

 

Les élèves utilisent alors un outil où l'activité est décomposée en plusieurs étapes visuelles :

ordi.jpg

Cet outil est d'abord utilisé avec aide : on décompose ensemble, chaque étape est verbalisée.

Puis à force, cela devient possible en autonomie.

 

Pour les niveaux un peu plus élevés, on peut travailler les correspondance d'écriture : dans un premier temps, la phrase est écrite en majuscules d'imprimerie (mais pas dans des cases comme pour les niveaux plus bas). Je suis très maniaque et corrige chaque erreur.

 

Quand cette copie est acquise (qu'il n'y a plus de fautes du tout, même dans la ponctuation), j'écris la phrase en scripte : les élèves doivent alors reconnaître chaque lettre et la convertir pour la trouver sur le clavier. Ils doivent aussi apprendre à utiliser la touche 'majuscule'. (Dans cette étape, on trouve souvent des problèmes de confusion q/p a/e ou b/d).

 

La troisième et dernière étape est très souvent problématique pour des élèves autistes : il s'agit de passer à l'écriture cursive... Très peu de mes élèves savent écrire en lettres cursives... Le fait que toutes les lettres soient accrochées leur pose un véritable problème, mais j'en reparlerai dans un article spécifique à l'écriture.

 

Ils impriment eux-même leurs productions : cela est vraiment motivant pour eux de voir leur travail sortir de l'imprimante !!

 

Ils découpent puis collent leur phrase à côté de la photo correspondante dans le cahier de vie.

 

Cette façon de les motiver n'est pas inutile !

 

Un de mes élèves en particulier me l'a prouvé : j'ai toujours cru qu'il était incapable "physiquement" de se servir d'un clavier (il a de gros problèmes de motricité - handicap moteur associé - et jusque là, il laissait toujours les touches appuyées trop longtemps et écrivait des lignes de lettres identiques) : en fait, il ne comprenait pas l'intérêt de taper sur l'ordinateur... En passant par le cahier de vie, il a compris ce qu'il faisait, il a aussi voulu montrer qu'il en était capable : il a pu montrer ses phrases à sa famille.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 17:19

L'évaluation est un très gros problème !

 

Comment évaluer ce que sait faire ou non un adolescent atteint d'autisme ? S'il parle, encore, cela peut paraître simple ! Mais quand il ne parle pas !

 

Il existe des tests spécifiques tel que l'AA-PEP. Ce test est à réaliser par quelqu'un de formé pour cela. Les résultats donnent tout un tas de pistes : ce qui est en émergence pour chaque sujet testé au moment du passage du test.

 

Le problème est que c'est assez long à faire passer, qu'il vaut mieux être 2 pour le faire (ou alors tout filmer et analyser par la suite...).

 

Autrement dit, c'est lourd... et moi qui ne suis pas formée pour cela, je n'ose pas me lancer.

Donc j'adapte...

 

 

Pour commencer, je me base énormément sur les évaluations de ma collègue qui connait les élèves depuis de nombreuses années quand ils arrivent dans ma classe... Elle me fait un compte rendu détaillé à chaque fois qu'un élève "monte" dans mon groupe.

 

Puis je réalise mes propres évaluations que j'adapte à chacun... en fonction de ce qu'il sait déjà faire et surtout de ce qui pourra être utile dans sa vie d'adulte (s'il ne sait compter que jusque 3 à 16 ans quand il arrive dans le groupe, je ne vois pas l'utilité de lui apprendre à compter jusque 4 - ce qui lui prendrait certainement les 4 années qu'il passera avec moi... je préfère lui montrer à quoi sert de savoir compter jusque 3 en lui faisant payer des articles à 1, 2 ou 3€ par exemple...)

 

Ce que je cherche avant tout est que mes élèves comprennent à quoi sert tout ce que ma collègue leur a appris, et qu'ils "visualisent" leur progression entre le moment où ils arrivent dans la classe, et le moment où ils en sortent.

 

Pour cela, j'utilise des livrets de compétences imagés que je remplis avec eux. J'ai trouvé (je ne sais plus où) toutes les compétences de cycle 1 en image - c'est un PE qui les utilisait de la même façon que moi en maternelle).

 

Chaque début d'année, je décide des compétences que je vais travailler avec chaque élève et je réalise son livret imagé individuel.

      En voici un exemple (2 feuilles ):

livret-competences-image1.jpg

livret-competences-image2.jpg

Puis l'élève passe en classe et sans aide des exercices d'évaluation associés à chaque item de son livret. On les corrige ensemble, ce qui nous permet de remplir ce qu'il sait faire ou non...

 

On colle des gommettes de couleur verte, jaune ou rouge si "on sait", "on commence à savoir faire" ou "on ne sait pas encore faire".

Ces gommettes sont collées à gauche de chaque dessin des livrets imagés en début d'année.

Ce sont ges gommettes en forme de triangle (vous en voyez l'emplacement prévu dans chaque case) car les ronds de même couleur sont parfois utilisés pour rendre compte du comportement des élèves aux parents le soir...

et il ne faut surtout pas qu'ils associent "je ne sais pas faire" à "je n'ai pas été sage" !!!

Je leur explique très souvent que c'est normal de ne pas savoir faire, et qu'on est là pour apprendre, alors que ne pas être sage, c'est interdit !

 

En fin d'année (vers mai ou juin), on refait une batterie d'exercices presqu'identiques, qu'on corrige de la même façon et on colle des gommettes selon le même principe, mais cette fois ci à droite de chaque dessin.

 

Cela rend visible les progrès de chacun : "tu vois, tu ne savais pas copier une phrase sur l'ordinateur au début de l'année, alors que maintenant, tu y arrives !"

 

Chaque jeune participe ainsi à l'évaluation de ses connaissances et est souvent très fier de se rendre compte de tout ce qu'il a appris.

 

Voilà ce que ça donne en photo :

P1250516b

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 18:21

Dans ma classe, le travail en autonomie est très important...

D'une part parce que mes élèves ont tendance à toujours attendre qu'on les aide et qu'ils ont vraiment du mal à travailler seuls alors qu'en devenant adultes, ils devront de plus en plus compter sur eux mêmes...

D'autre part, parce que la plupart du temps, les élèves qui sont scolarisés au même moment n'ont pas du tout un niveau homogène : comme dans un cours multiple, je suis donc obligée de m'occuper d'un pendant que les autres s'occupent seuls, puis on tourne.

 

Comme je l'ai expliqué dans l'article sur La structuration, il est important pour que les jeunes atteints d'autisme s'y retrouvent de toujours faire les mêmes activités aux mêmes endroits.

 

Dans ma classe, il y a donc :

  • une table pour les activités "en duo", c'est à dire les activités d'apprentissage où un élève travaille seul avec moi.

duo

  • une autre table au fond de la classe contre le mur pour les activités en autonomie (il y a un encore peu de temps, cette place était isolée par un paravent sur la droite afin d'éviter aux élèves d'être dérangés... cela faisait comme un "box" - on en voit encore la trace au sol. Mais pour l'instant, mes élèves sont tous les 6 assez concentrés sur leur travail et assez habitués au travail en autonomie pour que je l'enlève, alors j'en profite !)

travail-seul

Le fil avec la pince à linge permet d'accrocher l'item qui correspond à ce que doit faire l'élève (une consigne imagée pour qu'il n'oublie pas quelle doit être sa démarche).

  • et une dernière table contre un mur elle aussi pour quand 2 élèves sont en autonomie (il faut que ces 2 tables soient assez éloignées pour qu'ils restent isolés):

travail-seul3

Voilà ce que ça donne en vue d'ensemble :

classe1

 

Les activités que je donne en autonomie ne sont pas que des exercices sur feuille !

 

Alors pour garder trace de ce qui a été réalisé par les élèves, j'utilise des fiches activité (idée de mammouth-resse du site cartables.net qui en utilise dans sa classe de GS et qui les a mutualisées : toutes les miennes sont construites à partir de ses exemples)

 

Il s'agit de remplir une fiche par activité réalisée (par exemple une activité de tri) :

 

Elle reprend quel tri a été fait, quel jour, avec quel résultat, et parfois ce qu'il faudra prévoir la prochaine fois qu'on fera cette activité pour améliorer le résultat ou pour adapter au niveau de l'élève.

Voilà le principe :

LES FICHES – ACTIVITÉ

 

 

 

Objectif :

Garder une trace des activités qui ne se font pas sur fiche, afin d’évaluer les progrès réalisés.

 

Compétences travaillées :

-   elles sont répertoriées sur chaque fiche.

 

 

Matériel :

-   le classeur élève contient toutes les fiches - activité prévues pour lui dans son projet individuel.

 

 

Déroulement :

 

 

Activité de l’élève :

 

 

Observations / aides éventuelles :

 

 

Chaque fois que l’élève réalise une activité qui n’est pas ‘mesurable’, que ce soit en autonomie, en duo, ou ensemble, ses résultats sont consignés sur la fiche – activité correspondante.

 

L’élève n’inscrit rien sur la fiche, mais je réalise l’évaluation devant lui, et lui montre ses progrès quand il y en a : cela le motive à faire encore mieux la fois suivante.

 

 

 

 

Ces fiches sont aussi une grande aide pour l’organisation des séances : elles résument très bien les progressions.

 

 

Cette façon de procéder permet de visualiser les progrès (ou non) pour chacune des activités répertoriées.

 

C’est maintenant devenu une habitude : certains élèves demandent régulièrement à ce qu’on note leurs résultats.

 

L’intérêt de continuer ou non certaines activités avec chaque élève est bien visible.

 

 

 

 

 

 

En voici quelques exemples :

  • celle du jeu des choix (idée que j'ai trouvée je ne sais plus où - peut-être dans le livre d'Eric Schoppler qui explique énormément d'activités pour les enfants atteints d'autisme quelque soit leur niveau):fiche activité - jeu des choix
  • celle du "petit jeu mathématique" :fiche activité - petit jeu mathématique
  • celle des jeux de lecture (il y a une page intitulée 'jeux de lecture') :fiche activité - jeu de lecture

 

 

 

Quelques idées de travail en autonomie à voir aux pages correspondantes (en fonction des niveaux) :

Autonomie : pour les non-lecteurs

Autonomie : pour les lecteurs.

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 14:16
Il ne faut jamais perdre de vue l'âge de ses élèves quand on travaille dans le milieu spécialisé.
Apprendre le dénombrement est un objectif de maternelle... Mais en maternelle, cet objectif sera poursuivi de beaucoup d'autres !
Alors que pour mes élèves adolescents... je peux considérer que s'ils ne savent pas encore parfaitement dénombrer à leur âge, ils ne dépasseront pas beaucoup cette compétence !
Ils resteront dans ma classe jusqu'à l'âge de 20 ans...
L'important est que dans le laps de temps qu'il leur reste (4 ou 5 ans), ce qu'ils auront appris pendant tout leur cursus sur le dénombrement ait une UTILITé !!
Cette compétence a déjà été énormément travaillée : ils ont manipulé, ils ont compté, ils ont rangé dans l'ordre quand cela leur est possible... etc... 

Il me reste à leur montrer à quoi ça sert tout ça !
Quand ils ne l'ont pas encore compris, cela peut être le genre de motivation qui va les "débloquer"...


C'est la raison pour laquelle je travaille le dénombrement essentiellement au travers d'activités concrètes, comme "compter combien il y a d'euros", ou alors "payer un certain prix"...
Mais aussi, au moment de Noël, "compter le nombre de quilles tombées" car tous les ans l'établissement offre à mes élèves une partie de bowling à cette période de l'année.

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 20:03

La structuration est très importante pour les personnes atteintes d'autisme.


Ce n'est pas du tout pour "les rassurer" ou parce "c'est comme ça qu'on m'a appris" !


L'autisme se caractérise par un besoin d'immuabilité...
Ce besoin peut être plus ou moins important selon les personnes... mais il existe toujours, même pour les autistes de haut niveau.*
Je suis enseignante. Mon but premier est de faire entrer mes élèves dans les apprentissages.
Or la structuration permet à un élève autiste de se concentrer sur autre chose que les détails... ce qui est pourtant sa nature... Si tout le reste est toujours identique, l'élève autiste ne pense qu'à ce qu'on lui apporte de plus...
Alors que si tout change sans arrêt, s'il y a des imprévus, des choses qu'il n'avait pas anticipées, alors l'élève autiste sera accaparé par tous ces changements : ce qui implique qu'il ne pourra pas apprendre dans les mêmes conditions, je n'aurai pas du tout le même impact !
Si je veux que mes élèves m'écoutent, il faut donc que je structure ma classe.


Structurer, c'est rendre prévisible plusieurs choses :
    - d'abord le temps : avec un emploi du temps qui permet à l'élève de savoir ce qu'il va faire, et de se rendre compte de ce qui est déjà fait.
    - l'espace également : les différentes activités doivent être faites dans des lieux établis, toujours les mêmes...
Ainsi, les travaux en autonomie devront toujours être réalisés à la même table, au même endroit ; alors que les exercices d'apprentissage avec l'enseignant seront faits ailleurs, etc...


Voir la page sur  La structuration du temps et de l'espace.





* : certaines personnes, qu'on qualifie "d'autistes atypiques" sont considérées comme TED mais ne réunissent pas tous les critères pour obtenir le diagnostic "d'autisme".
Ces personnes peuvent, par exemple, ne pas être dérangées par le changement : elles réunissent toutes les autres caractéristiques de l'autisme, mais pas le besoin d'immuabilité...

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 11:25

Quand on travaille avec des ados, il faut tenir compte des acquis, bien sûr !
Mes élèves ne sont pas "vierges" quand ils arrivent dans ma classe, loin de là !
Ils sont tous différents pour plusieurs raisons :
    - d'abord parce qu'on est tous différents !
    - ils sont aussi plus ou moins déficients, mais cela se repère vite grâce à une bonne évaluation, adaptée à leur autisme bien sûr (sans s'assurer de la compréhension des consignes, on peut vite considérer que l'élève est incapable de... alors qu'il n'avait juste pas compris ce qu'il fallait faire !)
    - leur degré d'autisme varie aussi ! et il est très important de prendre cela en compte !
    - et pour finir, leur prise en charge antérieure n'a pas toujours été la même... et cela influence énormément celle qui doit être mise en place pour leur futur !

Les élèves que j'ai actuellement ont eu un parcours compliqué :
Ils sont passés dans de nombreux établissements, pas toujours adaptés à leur autisme... qui avait pourtant été diagnostiqué assez tôt...
Il y a eu de grandes avancées dans ce domaine dernièrement, mais mes Grands n'en ont pas profité dans leur enfance... et cela change toute la donne !
Même si certains ont bénéficié d'une prise en charge structurée pendant un court laps de temps (qui prouve qu'ils auraient pu...), il n'y a pas eu assez de stabilité : leur niveau s'en ressent énormément !!
Preuve que la structuration n'est pas inutile, j'en reparlerai !

Dans la section TED de mon établissement, on accueille les élèves à partir de 6 ans.
Mes prochains élèves auront un niveau supérieur à ceux que j'ai actuellement, car leur enfance s'est beaucoup mieux passée : il y a eu beaucoup plus de continuité dans leur scolarité, et leur niveau a pu s'améliorer grâce à cette stabilité.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 20:25

Pour vous faire une idée, je vais vous présenter mes élèves...
Je ne mettrai que des initiales, afin de conserver leur anonymat.

2 fille : N et L
et 4 garçons : P, F, G, et R.

On peut qualifier N. d'autiste 'de Kanner' pure. Elle a 18 ans.

Elle est très anxieuse : au moindre changement, peut se pincer, taper des pieds, hurler...

Elle est verbale, mais ne sait pas communiquer : emploie souvent l'écholalie.

     EX : Est-ce que tu veux un stylo, N ?

     réponse : Tu veux pas de stylo (veut dire non).

N entre dans la lecture depuis un an : elle apprend doucement chaque son avec une méthode syllabique. (l'intérêt de cette méthode est qu'on y trouve un chat - N adore les chats : c'est la raison pour laquelle N apprend à lire, toutes les autres méthodes avaient été des échecs) La difficulté est de généraliser les acquis de la méthode - c’est une difficulté caractéristique de l’autisme.

N sait compter jusque 69, se trompe parfois en lisant les nombres ou en les écrivant.

La notion de quantité est difficile à comprendre pour elle (plus moins et autant posent problème).

 


Le niveau scolaire de L. est très bas, mais elle s'exprime très bien.

Elle a 18 ans.

Elle nous fait bien rigoler par ses expressions très "locales" !

Elle communique mal, cependant, car elle reste axée sur ce qu'elle dit, n'écoute pas ce qu'on répond : il s’agit souvent d’un monologue...

Elle ne sait toujours pas reconnaître les prénoms de ses 5 camarades, ni les jours de la semaine.

Elle ne sait pas non plus dénombrer correctement, bien qu'elle connaisse la comptine numérique jusque 30.




P est un adolescent très costaud avec de gros troubles du comportement, surtout quand tout n'est pas structuré... Il a 17ans.

Son niveau scolaire est difficile à établir, parce qu'il est non verbal, qu'il ne comprend pas tout de la même façon et que chaque jour est différent avec lui...

Il lui arrive de laisser échapper un mot, ou une petite phrase, mais cela fait à chaque fois comme un mirage : il ne le répète jamais...

Je ne travaille avec lui que ce qui l’intéresse : s'il ne comprend pas ce qu'on attend de lui, il peut devenir violent, le plus souvent envers lui (il se mord le dessus de la main).

Il adore les albums, et les regarde toujours calmement et avec le sourire : chaque séance scolaire se termine comme cela.

P est très touchant, très attachant : quand il ne va pas bien, on lit tellement de douleur dans le fond de ses yeux !!




F est, lui aussi, très costaud et adorable. Il a 18 ans.

Il "vient en classe pour travailler" (c'est lui qui le dit !).

Il fait toujours de son mieux pour qu'on soit content de lui et qu'on le félicite, mais il lui arrive de ne pas savoir se maîtriser...

Le repérage dans le temps est très important pour F, il se repère très bien dans la semaine et dans la journée : il est en train d'apprendre à lire l'heure. Pour cela, il s'intéresse aux nombres jusque 60, alors qu'il plafonnait à 30 jusqu'à maintenant (le calendrier).

La lecture parait inaccessible pour lui, mais il commence à se débrouiller pour taper une phrase sur l'ordinateur.
Il est capable de jouer avec des jeunes de son âge à des jeux de société, mais il faut souvent le recadrer.




G a 18 ans, lui aussi. Il est très grand (près de 2m) et très maigre. Il a peu d'équilibre.

Il est non verbal et s'exprime avec un PECS (classeur qui contient une centaine de mots - sur des bandes velcro - qu'il reconnaît sans savoir lire et qu'il aligne pour "parler")

Il a de gros problèmes de motricité fine : il ne sait pas tenir un crayon.

Il ne s'intéresse pas aux maths : ne compte que jusque 3 et encore, pas tous les jours !!




R n'a que 15 ans, mais a un bon niveau.

Il sait lire, même s'il ne comprend pas encore toujours tout.

Il sait compter, et même faire des additions... mais je ne sais pas du tout comment : il les réalise en ligne sans connaître la notion de dizaines et d’unités - ses erreurs laissent à penser qu’il n’additionne pas ces 2 chiffres séparément... il se trompe encore souvent, mais je ne sais pas comment l’aider sans avoir compris la méthode qu’il utilise (il refuse d’utiliser les doigts, ou toute autre méthode que je lui donne...)

Il peut produire de petits textes seul, mais il arrive que ce soit difficile à comprendre.

Son écriture est difficile à lire : il écrit en majuscules d’imprimerie -  avec quelques lettres en script - la tenue de son crayon est très ferme... J’essaie la méthode de Danièle Dumont pour le rééduquer...

Il s'exprime très bien, et a toujours quelque chose à dire !

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 09:22

Pourquoi ce blog ?

Après différentes recherches, je n'ai pas trouvé d'équivalent à ce blog, c'est pour ça que je mets mes mains au bout de mes bras et que je le créé... malgré mon très faible niveau en informatique...
Je suis enseignante spécialisée, et je travaille dans une section TED (troubles envahissants du développement, autrement dit troubles autistiques), dans un Institut Médico Educatif...
La section est divisée en 3 groupes accueillant chacun 6 élèves, je travaille à mi-temps et m'occupe du groupe des grands le mardi et le jeudi. Les 'Grands', ce sont donc 6 adolescents âgés de 16 à 20 ans atteints d'autisme.

Je sais qu'il existe plusieurs postes comme le mien en France, mais je n'ai jamais réussi à garder contact ou échanger avec un enseignant qui aurait approximativement le même public que moi...
Ce blog me le permettra peut-être !!

Attention ! Rien ici n'est une recette magique pour inciter qui que ce soit à faire les mêmes prises en charge pour d'autres élèves !!!
Je ne donne pour ainsi dire jamais le même exercice à 2 de mes élèves (ils sont tellement différents les uns des autres !!) alors loin de moi l'idée de vous dire d'utiliser tout cela pour des élèves qui ont le même diagnostic !!

Il se peut que ce blog ne soit pas très intéressant pendant un moment : il me faudra du temps pour réunir tout ce que je possède déjà et que j'ai l'intention de publier !

 

Dans les articles, j'expliquerai comment je procède en général, et puis j'essaierai de montrer un peu ma façon de voir les choses...

Par contre, dans les pages, je posterai les exercices que j'ai construits pour mes élèves.

J'essaierai, à chaque fois, de donner l'origine des images utilisées, ou de mettre les liens vers les sites ou livres qui m'ont donné les idées de faire ces exercices... mais je ne me souviens pas de tout, alors si vous voyez que quelque chose est inspiré de votre travail et que je ne l'ai pas mentionné, n'hésitez pas à m'envoyer un message afin que je le fasse (et excusez-moi !).

Il y a beaucoup de "baratin" et peu de photos... Désolée, mais mes élèves n'ont pas le droit à l'image !

 

Bonne lecture et n'hésitez pas à m'envoyer vos commentaires !

 

Et juste en passant, quand vous me demandez quelque chose et que je vous l'envoie, la moindre des choses est de répondre (par exemple un merci, c'est pas grand chose !) : comme ça je sais que vous avez reçu ce que j'ai envoyé...

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  • : Sur ce blog, je vais essayer de poster les travaux que je fabrique pour mes élèves particuliers (ils sont ados et atteints d'autisme - leur niveau ne correspondant pas à leur âge, les supports sont particuliers)
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